La situation sur le front des feux de forêt en Russie qui font rage sur des milliers d'hectares dans l'Ouest du pays, occidentale reste "compliquée": évacuation de sites nucléaires et militaires, perturbations dans les transports aériens, intense fumée dans les rues de Moscou, les problèmes s'accumulent pour les autorités qui ont porté le bilan des victimes à 52 morts.
La capitale russe respirait à peine samedi matin, envahie par la fumée suffocante des feux de forêts et de tourbières, alors que la température devrait s'approcher des 40 degrés. A 07H00 locales (03H00 GMT), de rares passants se dépêchaient vers le métro, qui n'était pas, lui non plus, à l'abri de la fumée. Plusieurs personnes portaient des masques protecteurs dont les ventes ont explosé ces derniers jours. D'autres couvraient leur visage avec des mouchoirs.
"A cause de la canicule et de la fumée, Moscou s'est transformée en un volcan infernal qui vomit des tonnes de substances dangereuses sur les gens", s'alarme le quotidien populaire Tvoï Den. Vendredi, la concentration d'oxyde de carbone dépassait de quatre fois les seuils d'alerte, selon l'observatoire local de la qualité de l'air. Samedi matin, l'odeur de brûlé était toujours aussi forte que la veille et la fumée irritait les yeux.
Les pires feux de forêt dans l'histoire de la Russie moderne ont contraint vendredi les autorités à faire appel aux volontaires, après avoir dû déplacer des missiles et organiser une surveillance des zones à risque nucléaire. Le ministère des Situations d'urgence, qui lutte contre ces incendies sans précédent, a lancé un appel à "toutes les personnes souhaitant apporter leur aide" dans la région de la Russie centrale, a annoncé un porte-parole.
Selon le ministère, la situation reste "compliquée" dans les régions de Nijni-Novgorod et de Moscou". Ainsi, près de 500 militaires abattaient vendredi les arbres de la forêt autour du centre nucléaire de Sarov, situé dans la région de Nijni-Novgorod à 500 km à l'est de Moscou, pour écarter définitivement le risque de propagation du feu.
Les autorités ont néanmoins annoncé avoir évacué du centre tous les matériaux radioactifs. Le ministère de la Défense a lui aussi annoncé jeudi soir avoir transféré "vers un endroit sûr" des missiles d'un dépôt de la région de Moscou.
Le parquet militaire a reconnu vendredi qu'un incendie avait détruit le 29 juillet une base logistique d'une unité de parachutistes, portant à deux le nombre d'installations de l'armée russe ravagées par les flammes.
Le ministère des Situations d'urgence a encore indiqué surveiller la situation dans la région de Briansk (sud-ouest), à la frontière avec l'Ukraine, dont le sol et les végétaux avaient été contaminés lors de l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986. Un incendie pourrait propager cette pollution.
Le président russe Dmitri Medvedev a jugé "suffocante" vendredi l'atmosphère de la capitale et a appelé les Moscovites à faire "preuve de patience". "On suffoque, c'est irrespirable", a-t-il déclaré au cours d'une visite dans une centrale d'appel des urgences médicales de Moscou. Canicule et pollution ont déjà eu de graves conséquences pour la santé publique.
Le nombre de décès à Moscou en juillet a augmenté de plus de 50% par rapport au mois correspondant de l'an dernier, avec près de 5.000 morts supplémentaires imputables à la canicule, a appris l'AFP auprès des services de l'état civil de la capitale.
Le bilan officiel des pertes humaines des feux de forêt, qui font rage sur des milliers d'hectares dans l'Ouest du pays, a atteint 52 morts, selon le ministère de la Santé.
La France a décidé l'envoi d'experts en Russie pour définir "l'offre d'aide la plus adéquate" et étendu ses recommandations aux voyageurs, en les invitant à éviter neuf régions touchées, a annoncé le ministère des Affaires étrangères.
Selon les observations réalisées par le satellite Terra, rapportées par la Nasa, les "feux sont tels qu'ils forment des pyrocumulus", un type de nuage généralement associé aux éruptions volcaniques.
"S'il s'agissait des Etats-Unis, la fumée s'étendrait approximativement de Chicago à San Francisco", souligne la Nasa dans un communiqué.