PARIS (AP) - Des colosses de granite rose, des têtes de pharaon et de sphinx, des céramiques et des amulettes. Après parfois 2.000 ans passés sous les mers, ces vestiges, retrouvés à Alexandrie, à Canope et à Thônis, sont exposés à partir de samedi sous la nef du Grand Palais, à Paris, témoins d'une civilisation où se mêlaient, à l'embouchure du Nil, les mondes grec et égyptien.
Dix ans de fouilles sous-marines et de restauration permettent de présenter aujourd'hui en France les près de 500 "trésors engloutis" qui doivent ensuite regagner définitivement l'Egypte. Jacques Chirac et Hosni Moubarak inaugurent vendredi cette exposition qui a déjà attiré 450.000 visiteurs à Berlin.
Datant de 700 avant Jésus-Christ à l'an 800 de notre ère, les objets ont été très bien conservés sous l'eau, dans leur gangue de sédiments.
Les trois sites archéologiques ont été immergés par des phénomènes lents (élévation du niveau de la mer) et d'autres plus brutaux (raz-de-marée). Parfois, le sol argileux s'est affaissé sous le poids des édifices. "Les temples sont comme happés par le substrat", explique Franck Goddio, le fondateur de l'Institut européen d'archéologie sous-marine (IEASM).
C'est cette association qui a réalisé les fouilles dans le grand port d'Alexandrie et la baie d'Aboukir, en collaboration avec le Conseil supérieur des antiquités d'Egypte. Elle a mis au jour de nombreux vestiges qui témoignent de l'influence grecque sur l'art égyptien.
Franck Goddio est presque troublé lorsqu'il parle de "cette belle reine noire qu'on a trouvée à Canope". La statue de la souveraine Arsinoé II en déesse Isis (3e siècle av. J-C) a été sculptée dans du granite noir, un matériau égyptien. Sa pose est pharaonique -bras contre le corps, pied gauche en avant. "Mais le drapé, la sensualité qui s'en échappe, c'est grec", souligne-t-il. L'étoffe mouillée, transparente, colle à la peau royale.
Un autre bloc de pierre suscite l'émoi -pour des raisons purement historiques cette fois. En 14 colonnes de hiéroglyphes parfaitement préservés, l'élégante stèle de granite noir permet d'établir que la Héracléion grecque et la Thônis égyptienne forment en fait une seule et même ville. Cette cité était un comptoir par lequel passaient les Grecs avant de remonter le Nil.
On y a trouvé des pièces d'argent où figure la chouette, symbole d'Athéna. Leur présence n'est pas le fruit du commerce, assure Frank Goddio, dont l'équipe a découvert à Héracléion "un poids pour peser ces monnaies et un coin pour les frapper" sur place.
Sur le site ont été retrouvés des vases d'inspiration grecque, que ce soit pour le motif (figure claire sur fond noir) ou pour la forme (récipient à embouchure étroite pour les liquides précieux).
Toujours à Thônis-Héracléion, trois colosses de granite rose ont été sortis des eaux. L'un semble représenter le dieu de la fécondité Hâpy, personnification de la crue du Nil. Les deux autres forment un couple royal non identifié. Les seins de la souveraine aux mamelons protubérants sont typiques de la statuaire égyptienne d'époque hellénistique. Cette période s'étend de la fondation d'Alexandrie (331 av. J-C) à la conquête romaine (30 av. J-C).
Les fouilles ont été réalisées par une équipe d'archéologues, de plongeurs et d'ingénieurs européens et égyptiens. Pour la restauration, les expertises du Conseil supérieur des antiquités et de l'IEASM se complètent. "Les Egyptiens ont énormément l'habitude de la restauration des pierres. Nous, on a de très bons experts dans la restauration du métal et des objets gorgés d'eau", résume Franck Goddio.
C'est un puzzle, un peu comme le "Naos des Décades". Cette petite chapelle, qui abritait la statue d'un dieu, est reconstituée au Grand Palais, pour la première fois depuis sa destruction en 391 par les chrétiens. Une partie était conservée au Louvre depuis 1817, une autre au musée gréco-romain d'Alexandrie depuis sa découverte en 1940 par le prince Omar Toussoun. "Nous avons retrouvé la partie manquante en pleine mer", raconte Franck Goddio. Cerise sur le gâteau: un texte gravé sur l'un des quatre segments mis au jour en 2000 raconte "la création du monde vue par les Egyptiens". AP
cb/cov/sb
"Trésors engloutis d'Egypte" au Grand Palais
du 9 décembre 2006 au 16 mars 2007
tous les jours de 10h à 20h (22h les vendredis de décembre et tous les mercredis)
Tarifs: 10 euros (plein), 8 euros (réduit), 30 euros (famille: deux adultes + deux enfants)
Avec réservation (téléphone ou Internet): 12 euros (plein), 10 euros (réduit), 33 euros (famille)
téléphone: 0892 701 892
http://www.tresors-engloutis-degypte.fr