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MONTPELLIER (AFP) - Zzzzz... L'horrible petite musique vespérale du moustique peut gâcher bien des vacances. Mais les scientifiques avertissent qu'il s'agit là d'un prix modeste à payer, au regard des risques présentés par l'apparition de "super-moustiques" résistants aux pesticides.
Les opérations de démoustication doivent être réservées aux situations "extrêmement graves en termes de mortalité humaine", souligne Mylène Weill, qui dirige à l'Institut des sciences de l'évolution de Montpellier un programme de recherche sur la résistance des moustiques aux insecticides.
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Les moustiques constituent le plus important vecteur de maladies graves, du paludisme, qui tue jusqu'à 2,7 millions de personnes par an sur la planète, à la maladie du Nil occidental, en passant par la dengue et le chikungunya, à l'origine du décès direct ou indirect de 219 personnes cette année à la Réunion.
Mais en pulvérisant de manière indiscriminée tous les sites de reproduction des moustiques, certains pays touristiques, comme la Tunisie, ont provoqué l'apparition de variétés résistantes. Si les moustiques locaux devenaient porteurs d'une maladie grave, l'épidémie pourrait être incontrôlable...
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"La Tunisie est dans une situation très difficile", souligne Mme Weill, appelée comme experte par les autorités locales. "Car des produits chimiques efficaces et autorisés, on en a presque plus".
Confrontée à une recrudescence du paludisme, l'Afrique du Sud s'est ainsi résignée à reprendre, avec un succès certain, ses épandages de DDT, un insecticide extrêmement efficace mais d'une toxicité redoutable pour l'environnement et la santé humaine. La Tanzanie et l'Ouganda songent à lui emboîter le pas, alors même que le DDT est banni depuis une trentaine d'années.Même si un nouveau traitement devait être découvert, il devra être appliqué avec discernement. "Si cette nouvelle molécule miracle était mal utilisée par un seul pays, elle perdrait son intérêt pour tous les autres", selon Mme Weill. "L'opinion publique et les décideurs n'ont toujours pas compris à quel point les moustiques peuvent voyager", souligne la scientifique.
Une épidémie de chikungunya en France métropolitaine est ainsi tout à fait envisageable. "Certains disent qu'il sera là très bientôt. Le vecteur (le moustique tigre, ou Aedes albopictus), en tous cas, est déjà présent" dans le sud-est de la France, constate François Renaud, directeur du laboratoire Génétique et évolution des maladies infectieuses (GEMI), un autre établissement montpelliérain.
Or l'écologie du moustique tigre en fait un véritable cauchemar. Il pond dans la moindre soucoupe et ses oeufs peuvent rester secs jusqu'à deux ans. "Tous les oeufs s'accumulent sur le sol et dès qu'il pleut, on assiste à une explosion qui peut prendre de vitesse les désmoustiqueurs. Et une fois que les adultes sont émergés, on ne peut pas faire grand chose...", relève Mme Weill.
Pour ces scientifiques, il convient d'accélérer dans les pays touchés le drainage des eaux stagnantes où l'insecte se reproduit, surtout là où les écosystèmes ont été les plus endommagés par l'homme.
"Une étude américaine en Amérique du Sud a montré que le taux de piqûre augmente d'un facteur 300 lorsqu'on passe de la forêt équatoriale à des terrains défrichés, avec routes et fossés", rappelle M. Renaud.
Mme Weill préconise aussi de laisser jouer la sélection naturelle. "La résistance a un coût. Dans un premier temps, du moins, les moustiques résistants aux pesticides sont plus fragiles, se développent moins vite et se reproduisent moins que leurs rivaux non résistants". "Si on arrête les traitements, il perdront la bataille contre les moustiques non résistants".